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February 28, 2008

Courrier International : journalisme ou militantisme ?

Presque un an après le post dans lequel je regrettais que Courrier International se soit joint de manière grossière à la cabale anti-Sarkozy lors de la campagne présidentielle, je ne peux retenir ma plume plus longtemps pour poser la question suivante : Courrier International est-il un journal de journalistes ou de militants ? Et qu'en est-il de l'esprit original du journal ?

Lorsque Courrier International est apparu, le journal apportait dans le paysage de la presse française (et mondiale je crois) deux nouveautés fondamentales :
- la traduction de journaux étrangers permettant de connaître les points de vue locaux exprimés par un grand nombre de journalistes à travers la planète, sur des sujets larges et variés.
- la présentation sur de nombreux sujets de points de vue opposés ou à tout le moins différents. Avec peu ou prou un traitement a 50/50 des "pour" et des "contres" sur un sujet déterminé, en tous cas dans les dossiers spéciaux.
Ce sont ces deux approches nouvelles et intéressantes de l'information qui ont fait de Courrier International une formule qui a rapidement trouvé un succès mérité.

Qu'est-ce qui a donc changé depuis lors ?

Sur le premier plan, rien ! Le journal continue a nous offrir un panorama intéressant d'articles parus dans la presse mondiale sur un éventail très ouvert de sujets.

Sur le deuxième plan en revanche, le changement est très perceptible.
Sur l’approche politique des sujets en général, le rachat du journal par Le Monde a entraîné une modification progressive mais sensible de l’équilibre jusqu’alors respecté entre les points de vue “de gauche” et “de droite”. Cette inégalité de traitement des points de vue n’est certes pas systématique, mais elle est récurrente et incontestable sur la durée pour un observateur averti.
Certains opineront que Courrier International appartenant au groupe Le Monde, il n’est pas anormal que le journal favorise l’approche des problèmes la plus en ligne avec le positionnement politique du quotidien français. D’autres comme moi regretterons l’époque où leur réflexion intellectuelle était stimulée par l’exposition équilibrée de points de vue opposés, libre à eux de trouver ensuite la plus grande pertinence là ou elle leur paraissait être.

Mais il est un point sur lequel Courrier International a perdu toute retenue, au point que cela en devient indécent. C’est le sujet Sarkozy !
Pas - ou presque - un numéro depuis un an qui ne contienne une ou plusieurs charges contre le candidat, puis le Président ! On ne compte plus les couvertures-caricatures, accompagnées de dossiers qui sont en réalité des compilations de points de vue hostiles, quelquefois hallucinants de parti-pris ou d’inexactitudes. Jusqu’aux pages "France" qui sont depuis quelque temps, pour les “sélectionneurs” de Courrier International, un autre espace réservé aux attaques envers le Président, leur bile anti-Sarko étant certainement trop à l’étroit avec les seules couvertures et dossiers spéciaux !
Visiblement Courrier International a décidé de chasser le lecteur sur le terrain de Libération, ce qui est son droit... Mais dans ce monde cruel, on n’a rien sans rien ! On ne peut pas vendre de la propagande et faire croire que l’on vend de l’information. Un militant n’est pas un journaliste. L’équipe de Courrier International a certainement de bonnes raisons de haïr Sarkozy, selon son point de vue... Mais il est regrettable qu'elle ait choisi de se joindre à la meute des charognards (selon l'expression appropriée de Rama Yade) dont les assauts redoublent au fur et à mesure que les opinions positives baissent dans les sondages. Comme l'a souligné Pierre Giacometti, la personne de Sarkozy provoque une polarisation des opinions. Au lieu de choisir le camp de l'information, et de rester fidèle à sa formule, Courrier International rejoint tous ceux qui laissent libre cours à leur mépris ou à leur haine du Président, en piétinant souvent les règles les plus élémentaires de la déontologie journalistique.

En tant que lecteur et fidèle - malgré tout - je resterai un abonné de Courrier International pour lire les traductions d’articles de la planète entière sur des sujets variés et intéressants. Mais j’ai perdu tout le respect que j’avais pour le journal et sa manière de couvrir l’information. D’abonné par élection, qui a passé des années à recommander vivement le journal et à lui apporter des clients, je suis passé au statut d’abonné par défaut. Dommage !

July 12, 2007

L'ISF, vestige d'une France marxiste

Nous y revoilà, encore une fois…sur cette affaire d’ISF tellement symptomatique des problèmes de la France.

Fournissons, pour ceux qui n’ont pas bien suivi, le pitch de cette tragi-comédie :

L’ISF, ou Impôt sur la Fortune, est un impôt sur le patrimoine des français institué par Mitterand dès son arrivée au pouvoir. « On va prendre les français par leurs petits côtés ! », confie t-il alors a Chevènement, fort lucide qu’il était sur la psyché collective du peuple français, et sur le poison qu’il allait distiller dans les rangs ennemis.
Un impôt pour les riches, parce qu'ils sont riches, et pour financer le RMI ! Inattaquable !
Pour récompense de leur travail acharné et des emplois qu’ils ont créés, de nombreuses personnes se voient prélever parfois plus de 100% de leurs salaire annuel, car la somme de l’ISF et des autres impôts est supérieure à leurs revenus.
En 1989 Rocard institue un plafonnement, afin que le cumul ISF + impôt sur le revenu ne dépasse pas 70% des revenus totaux du contribuable. Grâce a Michel Rocard, les contribuables les plus aisés ont la satisfaction très française de travailler seulement huit mois et demi par an pour l’Etat… Mais en 1991, sous Bérégovoy, on décide que les mêmes contribuables doivent finalement travailler plus de 10 mois pour l’Etat, soit jusqu'à 85% de leurs revenus !
En 1995, coup de théâtre ! C’est un homme de droite, mais ancien Inspecteur des Finances, Alain Juppé, qui supprime ce plafonnement et rétablit la situation de racket total de l’Etat qui avait fait réagir en 1989 un homme de gauche, Michel Rocard.

Vous n’avez rien compris ? C’est normal, même en faisant simple il est très difficile de faire comprendre la problématique de l’ISF dans toute son étendue, sa complexité, et son pouvoir de nuisance. En revanche il est extrêmement facile de dire que les riches n’ont que des problèmes de riches, et que baisser l’ISF équivaut à faire des cadeaux aux plus aisés.
C’est encore un de ces sujets où l’on se demande à propos de la gauche française quelle est la part entre l’aveuglement idéologique et le cynisme politique.
La France a perdu depuis 10 ans plus de la moitié de ses plus grandes fortunes, qui en avaient marre de se faire tondre la laine sur le dos. Cela représente une perte économique, fiscale et patrimoniale considérable pour le pays. Ce choix n’a pas été facile pour la plupart de ceux qui se sont exilés. Mais il était devenu moins difficile que le fait de supporter le racket institutionnel de l’Etat Français au nom de la solidarité.
Rappelons que le Conseil Constitutionnel français et la Convention Européenne des droits de l’homme ont tous les deux statués sur le rapport imposition/revenus, considérant qu’une imposition globale supérieure a 50% des revenus était spoliatrice. La Cour Constitutionnelle allemande a statué de la même manière, son avis ayant participé à la décision de supprimer l’ISF outre-Rhin.
Le projet de bouclier fiscal de Sarkozy n’a donc rien à voir avec un cadeau aux plus riches. Il vise seulement à ramener leur imposition globale au seuil maximum considéré comme acceptable du point de vue des libertés et des droits fondamentaux par des institutions que l’on ne peut qualifier de suppôts du capitalisme. Il s’agit de mettre fin à un abus de droit qui a duré plus de 25 ans et a énormément nuit aux intérêts de la France.
De manière générale, la plupart des mesures du paquet fiscal du gouvernement ne visent qu’à alléger des prélèvements excessifs, voire scandaleux institués au fil des ans par la gauche, et quelquefois certains technocrates de droite. Loin d'être des cadeaux, elles sont un début prudent de retour à la normale, c'est à dire à des niveaux de prélèvement plus justes ou moins confiscatoires.
Les hauts cris poussés par ceux-ci face aux mesure du paquet fiscal sont pathétiques soit d’ignorance, soit de démagogie.

Dans le Journal des Finances de la semaine dernière, Yves de Kerdrel écrivait ces très justes lignes que nous citerons en entier :
«Conficius disait que « sous un bon gouvernement la pauvreté est une honte, et sous un mauvais gouvernement la richesse est aussi une honte». Et l’on ferait bien de se le rappeler dans notre pays, ou l’on croit souvent faire de la bonne politique avec des idées de dames de charité.
La richesse est là pour tourner, pour se réinvestir dans l’économie, pour ainsi créer des emplois, pour générer de la consommation supplémentaire, donc pour doper l’activité et relancer l’embauche. Et il n’y a rien de pire que de jeter l’opprobre sur ceux qui ont réussi, dans des conditions difficiles, à se constituer un patrimoine. Bien sûr, plus il y a de riches, plus il y a d’inégalités. Mais ce qui importe c’est qu’il y ait moins de pauvres. C’est heureusement ce qui se passe grâce à la mondialisation. Et c’est ce qui rend caduques et obsolètes toutes les velléités de nivellement et de taxation exprimées régulièrement dans l’hexagone. »

April 29, 2007

Même Courrier International !

Si Nicolas Sarkozy l’emporte a l’issue du second tour des élections présidentielles, on pourra dire qu’il était vraiment porté par un mouvement de fond du peuple français, et que sa résistance aux attaques, aux insultes et aux coups bas est absolument remarquable.
Le déferlement de haine, calomnies, embuscades à son encontre ne sont pas nouveaux : cela fait des années que cela dure. Déformation éhontée de ses propos au mépris de la plus élémentaire déontologie journalistique, accusations sans fondements ni vérifications, insultes, propagande TV (Canal + en tête), presse (avec concours pour le plus beau dossier anti-Sarko…), chaînes de mails dont le contenu tend au pur délire … tout cela s’est multiplié de manière exponentielle à l’approche des élections, et s’intensifie encore à présent que le « danger Sarkozy » est plus proche que jamais. Quant a ceux qui le défendent, se voir traiter de fascistes ou de nazis est leur lot commun s’ils ne se contentent pas de parler politique avec ceux de leur bord.
Ce mépris du débat et de la démocratie, ces sales stratégies de désinformation, cette diabolisation hystérique ont atteint de telles proportions que même Libération, journal pourtant remarquablement partial, a publié dans sa rubrique « Rebonds » (discrétion oblige) une tribune de l’économiste André Grjebine intitulée « L’horreur Sarkozy » se concluant ainsi :

« Encore ces reproches ne constituent-ils que la partie pour ainsi dire exprimable de l'iceberg. Un processus d'autopersuasion tend à s'instaurer, qui conduit à prendre en considération n'importe quelle accusation. Avant même de s'interroger sur sa véracité, on se demande gravement si un homme ayant de tels défauts peut gouverner.
Sans forcément partager toutes les positions du candidat de l'UMP, on peut néanmoins souhaiter qu'avant de voter les Français sachent s'abstraire de ce déferlement de haine pour s'interroger plus sereinement sur les projets et les comportements des uns et des autres. Il serait pour le moins fâcheux que la diabolisation serve de substitut à un débat esquivé, et que la lepénisation des esprits franchisse ainsi une nouvelle étape décisive. »

Citons également F.O Gisbert dans Le Point du 26 avril :

Rarement un candidat à la présidence aura été sali à ce point pendant une campagne. Traité de fasciste, d'eugéniste, d'étranger et même de fou, Nicolas Sarkozy a été l'objet, de surcroît, d'une campagne personnelle de basses eaux, particulièrement dans la blogosphère, qui a fait apparaître ce qu'il faut bien appeler un lepénisme de gauche.

Au cas ou F.O Gisbert serait jugé non qualifié pour porter cette accusation, signalons que Max Gallo parle lui même d'une lepénisation des adversaires de Sarkozy.

Qu’a cela ne tienne ! Toutes les forces de gauche s’engagent aujourd’hui dans la bataille anti-Sarko, jusqu’à la Ligue des droits de l’homme (LDH) pour qui l’élection de Nicolas Sarkozy constituerait « un cauchemar » et une régression démocratique, sans même se rendre compte que par son engagement et les termes employés elle incarne elle même la régression démocratique qu’elle dénonce.

Dernier organe de poids a jeter ses forces dans la bataille : Courrier International, dont le dernier numéro présente une couverture de type Halloween, avec une caricature de Sarkozy tendance Dracula et le titre «Bienvenue a Sarkoland – Les analyses de la presse étrangère »
Le dossier en question ne comporte, dans sa partie articles de fonds, aucun article favorable a Sarkozy, contre quatre franchement défavorables. Mais de plus Courrier International a sélectionné des articles dont on se demande si les auteurs sont vraiment des journalistes, tellement leurs analyses sont le plus souvent des compilations de poncifs ou d’inexactitudes, voire des échos des calomnies préférées ici au mépris de toute réalité, ou font la preuve d’une partialité et d’un manque de profondeur remarquable.
On y lit par exemple que Giuliani, "modèle" brutal de Sarkozy, n'est pour rien dans la baisse de la criminalité a NY ; c'est l'économie, la fin de l'épidémie du crack (???) et l'afflux d'immigrants...(Salon Magazine)
Le même magazine utilise les arguments mensongers bien connus ici selon lesquels la criminalité n'a fait qu'augmenter sous Sarkozy (alors que mis a part les atteintes aux personnes, tous les chiffres ont baissé et le taux de résolution des affaires a énormément progressé). Selon un autre article Sarkozy a fait construire un tunnel routier avenue Charles de Gaulle pour faire plaisir a sa maman...
Bien entendu il confond mauvaise intégration, violence et islam (La Tribune d'Alger) et il est partisan de la continuité chiraquienne (The Guardian)...

On sait que rares sont les journalistes étrangers a même d’analyser finement la politique française, et beaucoup plus nombreux ceux qui reprennent les raccourcis ou désinformations en cours dans l’hexagone pour composer un papier en phase avec leur sensibilité politique. Seulement voilà : c’est la raison d’être, l’âme et le métier de Courrier International que de rechercher, sélectionner et nous proposer sur un sujet les articles les plus pertinents et de toutes tendances. Et les abonnés de la première heure comme moi savent qu’il s’agit là d’un travail dont le journal s’acquitte plutôt bien, en général.

Courrier International n'est pas Marianne, ni Libération. On attend d'eux un travail de journalisme et non de militantisme. D'un point de vue intellectuel et journalistique, le dernier numéro est une immense déception, à l’image du comportement de très nombreux soit disant défenseurs de la démocratie dans ce pays. Il ne fait que confirmer encore une fois que la haine n’est pas du côté où on l’affirme, mais bien plutôt du côté des accusateurs se posant en sentinelles de la République.

February 16, 2007

Aux impôts citoyens !


Etonnant silence que celui qui a suivi la dernière trouvaille de la gauche française, en la personne de Dominique Strauss-Kahn : celle de faire payer à tous les Français, qu'ils résident ou non en France, un "impôt citoyen". Passons sur le fait qu'il s'agirait de créer encore un nouvel impôt, péché mignon français, alors que précisément le pays exhale par toutes ses pores sociales et économiques la saturation fiscale et législative… Passons, même si ce fait seulement devrait suffire à provoquer une réaction animée de la part de nombreux acteurs de la vie politique, économique et sociale du pays.

Remarquons ensuite qu'avec une telle mesure, chaque petit français, non content de naître endetté d'office de près de 20000 euros, gagnera aussi le droit de payer un impôt toute sa vie, quelle que soit la contrepartie… Encore faut t-il préciser s'il s'agira d'un "droit du sol" ou d'un "droit du sang". Car il serait interessant de pouvoir faire payer les enfants nés à l'étranger de un ou deux parents Français . Cela permettrait , hormis le bénéfice comptable, de favoriser la conscience de ce que représente le privilège d'être Français.
Attardons nous également sur l'originalité du contrat social proposé en l'espèce : c'est une clause non choisie, obligatoire, à laquelle on n'a aucune liberté de se soustraire, quelles que soient nos relations administratives, fiscales, économiques, familiales, politiques ou idéologiques avec l'hexagone. Il faudra tout de même prévoir une brigade internationale dotée du pouvoir de contrainte en sol étranger, afin de rendre à la raison citoyenne les récalcitrants, ceux qui n'aiment pas les propositions que l'on ne peut pas refuser.
Ne nous attardons pas trop en revanche sur l'usine à gaz et le coût représentés par la constitution de fichiers, par leur mise à jour, par la création de documents d'imposition spécifiques, leur acheminement, leur traitement, et les frais provoqués en cas de litige. Ce ne sont que des détails que l'on pourra toujours régler par une consultation citoyenne, le moment venu.

Non, décidément il n'y a pas de quoi en faire un plat ! Il s'agit juste de l'une des idées les plus formidables du XXIème siècle en termes d'atteinte à la liberté, et d'un grand pas pour la spécificité française dans un monde global.

January 05, 2007

Arnaud Montebourg, un Don Quichotte français !

Dans une tribune parue le 4 janvier dans Libération, Arnaud Montebourg est parti à l’assaut, tel Don Quichotte, de quatre moulins à vent. Les géants malfaisants qu’il décrit à sa dulcinée France sont quatre petits états (Suisse, Luxembourg, Liechtenstein et Monaco) dont le seul tort est d’avoir décidé en toute souveraineté de la fiscalité qu’ils reservaient à leurs citoyens, à leurs sociétés et à celles qu’ils accueillent sur leur sol. Mais le tort est grand, car la vision du monde de ces petits pays ne correspond pas à celle de notre Don Quichotte français, qui est bien-entendu la meilleure de toutes. Il est donc inadmissible qu’une si noble idée de l’organisation du monde soit génée aux entournures par les comportements forcément prédateurs de ces pays scélérats, qui volent à la France la « substance fiscale » si précieuse pour ses pharaoniques dépenses.
Comme souvent avec les envolées de la gauche française contre l’inhumanité de ce monde, la perplexité domine lorsqu'il s’agit de situer le curseur sur une courbe graduée entre ignorance totale et démagogie pure et simple.
Car la tribune d’Arnaud Montebourg est tellement pathétique d’ignorance économique et d’inexactitudes, que c’est lui faire insulte de penser que ce n’est pas plutôt par cynique démagogie qu’il débite autant de sottises, dont il ne serait pas dupe lui-même.
Signalons par exemple l’amalgame grossier qu’il fait entre le profit et le capital…
Au crédit de la démagogie notons les cascades inutiles de mots-clés destinés à frapper les esprits auxquels il s’adresse ; comme dans « les impôts sur le capital, la fortune et le patrimoine », ou l’emploi de trois mots redondants pour le même objet.
Signalons également cette ligne directrice de l’article visant à convaincre les lecteurs que la politique fiscale de ces odieux paradis fiscaux est directement responsable de l’alourdissement en France de la charge du financement de la solidarité nationale sur le travail… alors que les socialistes français sont ceux qui ont multiplié, notamment avec les 35 heures, les mesures alourdissant le coût du travail.
Prenons enfin cette phrase : « Qu'ils nous prennent Johnny Hallyday ou Alain Delon, passe encore, mais la substance de nos gisements fiscaux, (…) nous ne pourrons plus nous en laisser déposséder. » Symptomatique comparaison des éléments taxables avec des ressources naturelles, dont il faudrait protéger les gisements des comportements prédateurs de certains de nos indélicats voisins. La gauche française, c’est un peu comme l’Arabie Saoudite : pourquoi se fatiguer à favoriser la création de richesses et d’emplois, alors que nous sommes assis sur des gisements qui nous permettent de dépenser pour subvenir aux besoins de tous ? Mais par contre, pas touche aux gisements ! Sinon on se fâche !

Sortons à présent de l’axe ignorance-démagogie pour apprécier un autre caractère de cet «appel du 4 janvier» : celui de l’arrogance. Michel Rocard a dit «Je suis citoyen français, je suis donc le fils du deuxième pays le plus arrogant de toute l’Europe après le Royaume-Uni. » Nul doute qu’avec quelques chevaliers comme le sieur Montebourg, nous accederons sans peine à la place qui nous est due : la première.
Les commentaires sont superflus, car ici les citations se suffisent à elles mêmes : «Jusqu'où notre sens de la tolérance à l'égard de la Suisse, du Luxembourg, du Liechtenstein, de Monaco ira-t-il ? (…) Ne vaudra-t-il pas mieux assumer la confrontation inévitable avec ces territoires, comme le général de Gaulle sut le faire en décrétant en 1963 un blocus contre la principauté de Monaco qui dut ainsi plier l'échine devant les exigences fiscales que la République française avait mises sur la table ?»
Hormis l’incroyable arrogance de telles déclarations, il faut aussi souligner leur irresponsabilité. Car l’auteur de ces sorties magistrales n’est pas moins que le porte-parole officiel de Ségolène Royal, soit la femme qui a des chances sérieuses de présider bientôt aux choix politiques et économiques de la France. De telles déclarations ne vont pas inciter les capitaux présents dans ces pays à aller chercher des opportunités sur le territoire français, et encore moins rassurer les marchés sur ce qu’il faut anticiper d’une accession de Mme Royal à la présidence.

Mais il y a selon moi quelque chose de plus grave encore dans la candide tribune de monsieur Montebourg : c’est le profond mépris des libertés qu’elle révèle à chaque paragraphe. Johnny a choisi de s’exiler, en s’apprétant à respecter les règles qui lui sont imposées dans sa nouvelle situation, et après avoir pendant des décennies fait vivre des centaines de ses concitoyens, par les impôts qu’il a payé et les emplois qu’il a créé ? Il est littéralement insulté !
Des Etats souverains, neutres, dans un monde libre, qui ont démocratiquement décidé de leur contrat social, sont désignés à la vindicte populaire. On appelle l’Europe à leur décrèter un blocus, car leur vision de ce qu’il convient de faire dans l’intérêt économique de leur population ne correspond pas à celle que l’on souhaite imposer en France et dans l’Europe entière !

Monsieur Don Quichotte de Montebourg, sachez qu’en tant que citoyen français je n’ai pas besoin de vos services de chevalier, et que je vous serais gré d’épargner les ailes de mon moulin, qui produit pour le bien de tous malgré le poids que vous vous acharnez à mettre sur ses ailes, et de ne pas fâcher mes voisins, que les forfanteries et les vaines gesticulations incommodent. Si vous voulez affronter des géants, trouvez vous des batailles du côté, par exemple, du comité d’entreprise d’EDF… vous y trouverez matière à plusieurs chapitres d’héroïques batailles.

Et par pitié, achetez-vous une paire de lunettes !

January 04, 2007

Le parti socialiste, ou le degré zéro de la responsabilité et du respect des citoyens.

Comme toujours, il n’est pas aisé de savoir au juste ce que feront les socialistes une fois au pouvoir. Tous les gens lucides ont déjà renoncé à attendre une ligne claire de la bouche de Ségolène Royal, qui déclare une chose et son contraire en fonction du public ou des interlocuteurs qu’elle souhaite caresser dans le sens du poil. Réflexes démagogiques, absence de pensée sur les sujets concernés, ou les deux ? C’est, associé a cette permanente imitation du sourire de la Joconde, l’insondable profondeur du fascinant « mystère Royal »…
Ségolène vise la présidence avec un concept limpide : femme, maternelle, de gauche (donc humaine), au-dessus de la mélée et des questions triviales… Une vraie Marianne ! Pour les détails allez voir ailleurs !

Reportons nous donc sur les déclarations des autres « responsables » du parti, pour avoir une idée, par exemple, de ce qu’il faut réellement attendre d’un point de vue fiscal d’une accession des socialistes au pouvoir.
Pour les grandes lignes, on sait depuis toujours : les inégalités c’est pas juste, il faut prendre plus chez les riches !
Mais concrètement, dans les détails ?
Monsieur Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, qui s’est phénoménalement permis de déclarer sur France 2 « qu’il n’aimait pas les riches », annonce en décembre que les socialistes «reviendront sur toutes les baisses d'impôt sur le revenu qui ont été accordées sur les tranches supérieures du barème » et propose pour financer les retraites sans baisse du taux de remplacement ni allongement de la durée de cotisations, de créer « une sorte de CSG-retraite » calculée sur « l'ensemble de la richesse produite et pas seulement sur le travail ». Aussitôt il est démenti par le directeur de campagne de Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco, qui déclare « nous n'augmenterons pas les prélèvements obligatoires » et que la « CSG-retraite n’est qu’une idée en débat ».

Début janvier 2007, suite à la polémique soulevée par le départ de Johnny Hallyday en Suisse, Arnaud de Montebourg publie une tribune dans Libération dans laquelle il dénonce les « paradis fiscaux » situés eu Europe, et part en guerre contre ces empêcheurs de tondre en rond les moutons les plus velus : « Ne vaudra-t-il pas assumer la confrontation inévitable avec ces territoires, comme le général de Gaulle sut le faire en décrétant en 1963 un blocus contre la principauté de Monaco ? » Il ajoute que le texte de sa tribune « a été validé, il est assumé collectivement, il nous engage tous » et rappelle que le projet du PS prévoit d'interdire en Europe « les zones à fiscalité privilégiée comme le Luxembourg, la Suisse ou Monaco ». Concert prévisible de protestations, notamment des responsables politiques en Suisse. Et aussitôt, on relativise dans l’entourage de Royal les propos de son porte-parole en jugeant qu'Arnaud Montebourg s'était aussi exprimé à titre «personnel». On comprendra donc qu’en fonction de l’accueil, les déclarations des représentants du parti socialiste ont un degré plus ou moins officiel, ou plus ou moins personnel.

Ou de l’art de prendre les gens pour des idiots.

Il y a un point qui ne manque pas de clarté en revanche, c’est le plan du parti socialiste, même si bien entendu il n’est pas avouable : capitaliser sur le souhait des français de vivre dans une société solidaire …en leur faveur ! Et vu le nombre de fonctionnaires, de Rmistes, de chômeurs et de sans-abris dont la politique socialiste à grandement contribué à etoffer les rangs, nos Robins des Bois nationaux sont assurés d’un électorat acquis à leur cause quelles que soient les inconséquences de leurs propositions…
Pourquoi donc se fatiguer à élaborer des engagements précis, qui prêtent le flanc aux critiques, lorsqu’on peut rester dans le vague ? D’un côté chacun soigne sa popularité avec des déclarations contre les riches et pour les pauvres qui caressent dans le poil au moins 70% des français. Facile ! De l’autre, si besoin, on rectifie le tir au nom du parti pour rassurer ceux qui doivent l’être.

Ou le degré zéro de la responsabilité et du respect des citoyens.

December 13, 2006

L’exil de Johnny Hallyday en Suisse, ou une bonne occasion de débattre enfin de l’ISF avant les élections présidentielles.

Tristement symptomatique de l’exception française, la façon dont a été traitée la nouvelle de l’exil fiscal en Suisse du plus populaire des chanteurs français. Un de plus parmi ces égoïstes non républicains qui refusent de partager leur gros gâteau ! Une occasion au passage de dénoncer une partie (toute petite, il faudrait plusieurs journaux télévisés pour tous les citer) des détenteurs de gros patrimoines qui ont quitté la France pour s’installer en Suisse, en Belgique, en Irlande…
Bien entendu, selon le prisme France 2, la classe politique est indignée dans son ensemble, de la gauche (bien sûr) à la droite en la personne de Jean-François Copé qui a préféré parler de jardinage plutôt que du fond du problème…
Savoureuse dissonance tout de même, la séquence télé-trottoir dans une file d’attente peuplée de fans de Johnny : bien sûr il ne fallait pas en attendre de l’hostilité à l’égard du rockeur national, mais le parfait unisson du concert spontané des interventions était révélateur : “Bien sûr, ce sont les impôts, il y en a trop, il a bien raison, si je pouvais je ferais pareil”
Merci aux fans de Johnny, parce que sans leur franchise il n’aurait pas été mentionné une seule seconde le problème à l’origine de l’exil de Johnny et de plus de la moitié de nos plus grosses fortunes. Car il s’agit, comme le mentionnait un intervenant en invoquant simplement la spécificité française, d’un phénomène unique en Europe, cette manie de quitter le territoire avec son argent gagné au travail. Aurions-nous donc les riches les plus égoïstes du continent ? C’est ce qu’adorent penser tous nos “solidaristes”, qui sont rarement ceux dont la solidarité remplit les caisses du fisc, et souvent ceux qui en bénéficient.
Ou aurions nous peut être l’impôt le plus stupide du continent ? Car derrière l’immense majorité de ces exils de talents, de compétences et de patrimoines, il y a trois lettres : ISF, pour Impôt sur la Fortune. Un impôt sur le capital qui pouvait représenter il y a peu encore jusqu’à 110 ou 120% de vos revenus annuels, et qui depuis l’instauration récente du bouclier fiscal ne ponctionne plus “que” 71% de vos revenus (en incluant la CSG), si votre patrimoine dépasse 750000 euros.
Exception française, qui fait que nous sommes le seul pays dont la population, confortée en cela par la majorité de la classe politique, ne parvient pas à comprendre qu’elle a tout intérêt a retenir ses grandes fortunes, et à attirer celles des autres pays. Les estimations ont le mérite d’être parlantes : nous perdons un gros patrimoine par jour ! Soit environ 365 grosses fortunes par an qui choisissent l’exil depuis 1996 !
Autant de capitaux qui ne bénéficient plus en France à la solidarité, à l’investissement, à l’emploi…
Pourquoi ne débat-on pas de l’ISF en France ? Parce que 70% de français sont pour son maintien ou son renforcement ! Parce que l’ISF est un poison inoculé dans la vie fiscale française par François Mitterand avec le commentaire suivant : “On va prendre les français par leurs petits côtés !”
25 ans que ce fléau nuit aux intérêts de la nation, et que la démagogie des uns et le manque de courage politique des autres font qu’il perdure en dépit de tout bon sens. Seuls quelques timides réformes ont permis d’atténuer sans faire disparaître les effets nocifs de cet impôt.
Espérons donc que l’exil de Johnny va contribuer a un véritable débat sur cette question, et si cela ne suffit pas, il serait fort utile que d’autres riches célèbres lui emboitent rapidement le pas avec force publicité : ils rendraient un service à la patrie !

Pour une étude plus complète du problème de l'ISF, reportez vous à l'ouvrage "Pensées à rebrousse-poil" :

www.pensees-a-rebrousse-poil.com


December 09, 2006

Cannabis et chômage

« Quel rapport entre le cannabis et le chômage ? », se demanderont évidemment la plupart de nos lecteurs. Peu évoquée publiquement, même si un grand nombre de personnes connaissent sa réalité, l’économie souterraine du cannabis est reliée aux problématiques de la délinquance, de la santé publique, mais aussi du chômage.

On estime que le nombre de consommateurs de cannabis en France est de 5 millions, dont 850 000 réguliers et 450 000 quotidiens (données d’un rapport de l’Institut de veille sanitaire paru en 2004). Ce qui met la France en position de premier pays consommateur en Europe.
En estimant très raisonnablement qu’il faut en moyenne un dealer pour vingt consommateurs (petits ou gros), cela nous donne un chiffre de 40 à 100 000 « distributeurs finaux » en fonction de la fréquence de consommation des « non réguliers ». Si l’on ajoute les personnes qui épaulent le dealer, celles qui le fournissent (les passeurs et les « grossistes »), et celles qui vivent de ses revenus, nous atteignons des chiffres considérables. Il est bien évident que parmi toutes ces personnes, une proportion non négligeable touche, soit le chômage, soit le RMI, et dans tous les cas est couverte par la Sécurité Sociale à laquelle elle ne verse aucune contribution.

Mais il faut aussi considérer tous les effets induits par le caractère illégal et lucratif de la vente de cannabis. Du haut de ses 20 ans de flagrants délits, un policier de Seine-Saint-Denis relativise : « Les armes ont toujours circulé. La racine de tous les problèmes, c’est la drogue. De plus en plus, elle nourrit les trafics en tout genre, la course à l’argent et des réseaux d’économie parallèle qui font que certaines familles ferment les yeux sur les deals de leurs fils parce que ça leur permet de vivre. » Ex-consommateur et vendeur de shit d’une cité du 93, Thierry, 32 ans, parle d’engrenage : « Le petit deal, ça fait partie du quotidien. Le problème, c’est que ça attire les gros, les fournisseurs de vraie merde. Je me souviens d’un type qu’on obligeait à vendre de l’héroïne. Il y a eu une querelle, il s’est fait ouvrir le ventre au couteau. »
Encore une fois, la France a choisi la politique de l’autruche plutôt que de prendre le problème à bras le corps. Il faut dire qu’il n’y guère qu’une solution pour résoudre le problème (à part multiplier les effectifs policiers par cent) : la légalisation ! Et le problème principal de la légalisation, c’est qu’il faut affronter l’opinion publique, mal informée et défavorable dans sa majorité à une mesure qu’elle interprète mal. Elle voit une mesure libérale là où il s’agit d’une action réaliste pour mettre fin à une économie souterraine et à tous les dangers qu’elle implique. Elle croit qu’une fois la légalisation du cannabis acquise, la légalisation des autres drogues sera envisagée. Elle croit aussi que fumer un joint est le premier pas vers l’enfer de la cocaïne et de l’héroïne. Il faut donc informer l’opinion, et la convaincre que ses enfants seraient bien moins en danger dans le cadre d’une vente légalisée du cannabis dans des endroits contrôlés par les autorités publiques.

Parmi les divers avantages d’une légalisation, on peut mentionner les suivants :
– Fournir des produits de qualité et donc moins nocifs. En effet, une part importante du haschich ou de l’herbe disponible sur le marché clandestin contient bien d’autres produits que le principe actif (le THC). Le haschich est souvent « coupé » avec du henné, du cirage, de la paraffine et quelquefois des produits beaucoup plus dangereux encore. Concernant l’herbe, il s’agit plutôt des parfums dans lesquels elle est immergée pour tromper le flair des chiens, ou des engrais utilisés pour sa culture. La nocivité de ces produits peut être de légère à considérable en fonction des substances. La légalisation aurait donc un effet extrêmement positif du point de vue de la santé publique, les produits disponibles à la vente légale étant, bien entendu, contrôlés par une veille sanitaire.
– Informer les consommateurs sur les risques auxquels ils s’exposent en fumant des joints. On pourrait par exemple inclure dans chaque sachet d’herbe ou de haschich un livret miniature exposant clairement les risques faisant l’objet d’un relatif consensus scientifique, ainsi que les condamnations auxquelles on s’expose, en cas par exemple de conduite en état d’ivresse cannabique. Cela constituerait un progrès particulièrement significatif par rapport à la situation actuelle. Il ne faut pas être diplômé en psychologie pour admettre qu’informer sur les dangers et ne pas interdire, est une attitude susceptible d’avoir beaucoup plus d’impact sur les adolescents qu’interdire et diaboliser. Les affirmations, encore courantes de certains soi-disant experts sur le cercle vicieux conduisant de la consommation d’un joint à l’enfer de l’héroïne ou de la cocaïne, ont l’effet inverse de celui qu’elles sont censées produire. Elles renforcent les jeunes dans leur conviction que les « adultes » ou les « médecins » sont « à côté de la plaque », et décrédibilisent de fait toutes les autres conclusions plus sérieuses et mesurées sur les effets nocifs du joint.
– Retirer au cannabis l’attractivité qui lui est conférée par l’interdit auprès de beaucoup de jeunes.
– Permettre à l’État d’encaisser les revenus de ce gigantesque marché, et de l’affecter à des causes de santé publique, comme la recherche et l’information sur les risques liés à la consommation de tous les types de stupéfiants, notamment l’ecstasy qui est certainement la plus grosse bombe à retardement de notre époque en termes de santé publique.
– Libérer les services de police et la justice de la charge de travail représentée par la poursuite et les condamnations des trafiquants et usagers de cannabis, leur permettant ainsi de consacrer plus de temps à la répression des autres trafics.
– Diminuer considérablement le nombre de faux chômeurs ou faux RMistes.
– Éviter que le commerce du cannabis constitue une échappatoire facile permettant à de nombreux jeunes de renoncer à l’école et à d’autres efforts d’adaptation sociale tout en gagnant bien leur vie.
– Couper l’herbe sous les pieds de toutes les mafias ou autres groupes clandestins qui s’enrichissent dans l’illégalité et financent des activités qui n’ont rien de républicaines.

Paradoxalement, c’est peut-être cette dernière conséquence qui fait le plus peur aux politiques et fait que la France est encore si éloignée d’une légalisation à terme inéluctable. L’économie souterraine du cannabis représente des sommes tellement considérables qu’elle améliore les conditions de vie de familles entières dans les banlieues. Une légalisation du cannabis mettrait ainsi fin aux revenus clandestins d’une population importante et « sensible » en France, ce qui implique des risques évidents de « réactions » et de tensions du point de vue de l’ordre public. Ces conséquences seraient néanmoins négligeables au regard des effets vertueux apportés à terme par la légalisation. Mais il faut pour cela une politique volontaire, courageuse, de long terme, autant de points qui sont de moins en moins compatibles avec les normes actuelles de la gouvernance dans notre pays.

Toutefois les tensions tant redoutées pourraient être évitées d’une manière très simple. Laisser la possibilité aux trafiquants actuels de monter en toute régularité leur point de vente, en réinjectant dans l’économie officielle les revenus de leur trafic. Bien entendu, un cahier des charges et des contrôles extrêmement fréquents seraient opérés par les autorités publiques, et la licence retirée immédiatement en cas de non-respect de la loi. Beaucoup d’aménagements sont à étudier, en s’appuyant notamment sur l’expérience Hollandaise.

Mais gageons que comme pour beaucoup d’autres problèmes en France, il nous faudra d’abord épuiser toutes les mauvaises solutions, ou supporter encore longtemps les conséquences de l’inaction, avant que politiques et opinion publique se rendent, avec beaucoup de retard, à l’évidence.

Texte extrait de l'essai "Pensées à rebrousse-poil" :

www.pensees-a-rebrousse-poil.com


Jalousie, haine du riche, égalitarisme

« L’intérêt général est un cercle dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Pascal

Un point important de la sociologie hexagonale n’est jamais évoqué, en tout cas publiquement : certes, il y a à gauche des gens sincères, honnêtes intellectuellement, cohérents quant à leurs idées et à leur manière de les vivre, et généreux au fond de l’âme… Mais il faut arrêter la supercherie : une part considérable de ceux qui votent à gauche ne votent pas par altruisme, mais par pur intérêt personnel : souvent pour défendre les intérêts de leur corporation (enseignants, fonctionnaires, intermittents, syndicats…), et/ou parce que se trouvant dans le « mauvais camp » (ceux qui n’ont pas d’argent, ou ceux qui en ont moins que leur voisin), ils votent pour l’éternel « on va prendre aux riches pour donner aux pauvres ». Sans oublier tous ceux qui s’achètent simplement ainsi une bonne conscience à peu de frais. Il est quelque peu lassant d’entendre à tous crins les mots « générosité », « partage » là où il n’y a que velléité de conserver ses acquis ou de grignoter chez le voisin, et de trouver toujours l’alibi du « progressisme » là où il n’y a souvent que des conservatismes partisans.

Disons le sans détour : la France est un pays où il ne fait pas bon être riche d’un point de vue social. Deux excès s’opposent à ce titre des deux côtés de l’Atlantique : aux États-Unis, le montant du salaire ou du compte en banque s’affiche ostentatoirement. Il est l’instrument de mesure de la réussite sociale et semble refléter la valeur d’un individu selon les critères de la société américaine. Une des premières questions qui surgit dans la conversation avec un inconnu cherchant à mieux vous connaître – devrions-nous dire jauger ? – concerne le montant de votre salaire. Bien que cela soit représentatif d’une société malade de son matérialisme et de son manque de repères sains, cela n’implique pas pour autant que l’attitude inverse soit la marque d’une société saine et juste. C’est pourtant précisément la situation qui prévaut dans notre « douce France » où un bon salaire ou un gros compte en banque se dévoile le moins possible ! À l’inverse des États-Unis, nous sommes peut-être le pays occidental dans lequel les signes extérieurs de richesse sont le plus sûr moyen de susciter une flopée de sentiments peu amènes qui vont de la pincée de jalousie à la haine pure et simple.

Plus qu’une minorité – car on peut être catalogué comme étant « riche » avec un salaire de 3000 € par des personnes touchant le Smic – les riches sont souvent considérés inconsciemment comme une race à part, qui peut faire l’objet de la même forme d’ostracisme social qu’un émigré maghrébin dans un environnement « vieille France ». Pire : l’Africain ou le Maghrébin ressentira le plus souvent de la distance, de la méfiance, quelquefois du mépris. Il lui faut vraiment se retrouver encerclé par des racistes enragés pour ressentir la haine.
Le riche, lui, n’a pas besoin de se retrouver au milieu d’une communauté de gens particulièrement marqués par la pauvreté pour ressentir la haine. Le plus souvent, celle-ci viendra même de gens dont la situation n’a rien de précaire, issus de ce qu’il est convenu d’appeler les classes moyennes, de la petite bourgeoisie ou même de la grande bourgeoisie moins fortunée que lui !
Le voyeurisme particulièrement malsain d’émissions comme Capital, qui enchaînent les sujets sur les « riches » ou la « jet set » en forçant le trait autant que possible sur les aspects les plus ridicules, extravagants, dépensiers, bref choquants du comportement de certaines personnes fortunées, ne fait qu’exploiter les sentiments d’envie et de fascination, diversement mélangés à de la jalousie ou à de la haine, éprouvés par les spectateurs de ces émissions.
Imaginons quelques instants les réactions que susciterait une émission sur « la vie des pauvres » ridiculisant le comportement de certains, ou pire encore, une émission sur les « Arabes », aussi cruelle dans l’application à présenter les traits les plus ridicules ou stupides de quelques-uns que le sont les émissions sur la jet set. Impossible à imaginer en effet… Sur les riches par contre, pas de retenue ! Ils ont la chance d’être riches, ils ne vont pas se plaindre en plus ! Et puis leurs extravagances sont tellement stupides qu’ils méritent d’être épinglés ! Seulement voilà, les riches présentés dans ces émissions sont en général les plus exposés, par goût ou par obligation. Les plus discrets apparaissent quelquefois – ou leurs biens – mais c’est au prix d’un viol de la vie privée ou de la propriété privée par les journalistes. Bref on exploite les sentiments les plus primaires et triviaux du public, en étant sûr de faire de l’audience. Car la richesse, le luxe, la célébrité font rêver et fascinent.
Prétendre qu’il s’agit d’un travail d’information comme un autre est une insulte à l’intelligence de nos concitoyens. Il s’agit d’un travail de voyeurisme qui ne vaut pas mieux que le travail consistant à voler des images du bronzage seins nus de telle actrice en vacances ou de la dispute de telle autre avec son dernier boy-friend. Dans les deux cas, on surfe sur l’ambivalence constituée par un cocktail de sentiments oscillant entre curiosité, voyeurisme, fascination, envie, jalousie, plaisir pervers de voir le malheur des autres, surtout lorsqu’ils ont ce que l’on n’a pas et que l’on convoite.
Une histoire célèbre depuis longtemps est celle du piéton qui voit passer une belle voiture. Aux États-Unis le piéton se dit « je vais travailler dur pour me payer la même voiture ». En France, il se dit « j’espère que cet enfoiré va se planter ». L’envie est source de bien des tensions et de haines dans notre pays. Elle peut atteindre des extrémités stupéfiantes dans la méchanceté. Comme lors de ces épisodes de la guerre qui ont vu certains Français dénoncer des juifs au moins autant par jalousie de leur niveau de vie que par antisémitisme ou fibre collaborationniste.

Il faut aussi rappeler à ceux qui s’indignent des inégalités entre leur situation et celle des plus fortunés, que les impôts dont s’acquittent ces derniers de manière directe et indirecte en France représentent entre 71 et 85% de leurs revenus (nous verrons plus loin qu’avec l’impôt sur la fortune, cette contribution pouvait dépasser jusqu’en 2005 les 100% dans certains cas). Donner à l’État, au titre de la redistribution sociale, 71% de ses revenus, soit presque les trois-quarts des richesses que l’on crée constitue une contribution qui devrait dispenser les riches (ceux qui paient leurs impôts, donc une grande majorité) d’être accusés d’être peu solidaires ou d’accaparer les richesses. Bien plus qu’une contribution, cela s’apparente à du racket, sauf que dans ce cas, le « mac », c’est l’État. Bien sûr, ceux qui ont une sensibilité de gauche et ont eu l’ouverture d’esprit d’arriver jusqu'à ces lignes se révulseront : comment peut-on traiter de « mac » un État qui redistribue l’argent vers les couches socialement défavorisées, et défendre la cause de gens dont la fortune est telle que même si on prélève 71% de leurs biens, il leur restera encore beaucoup ? Pour analyser en profondeur les mobiles et les effets pervers du système actuel, il faut bien sûr aller un peu au-delà du simplisme à la Robin des Bois, qui est malheureusement le fonds de commerce d’une grande partie de la gauche, y compris celle qui dîne plusieurs fois par semaine dans des restaurants chers aux frais du contribuable.

Aucun observateur ne peut se faire un tableau un tant soit peu exact de la société française s’il néglige l’impact tout particulier de la Révolution, de la notion française d’égalité qui tend vers l’égalitarisme, de l’impact de Marx et de sa lutte des classes sur l’inconscient collectif français, et du mélange d’envie et d’hostilité qu’éprouvent les Français envers les privilégiés, en particulier lorsqu’il s’agit de privilégiés par la richesse.
L’État étant le vecteur de la redistribution des richesses et le passage obligé de la distribution des autres avantages, il est depuis longtemps la matrice du « rêve français ». Si le « rêve américain » est de pouvoir accéder à la fortune et au succès à la force de ses poignets et de son travail, le « rêve français » est pour beaucoup d’accéder aux meilleurs des privilèges accordés par l’État à ses administrés ou employés. Un Américain moyen rêve de bâtir une affaire à succès ou un empire commercial. Le Français moyen rêve d’un poste de fonctionnaire, de sécurité de l’emploi, d’avantages sociaux et de subventions. Charles de Gaulle avait bien perçu le pouls de la France en écrivant que le désir du privilège et le goût de l’égalité sont les passions dominantes et contradictoires des Français de toute époque. Il s’agit là de la manière politiquement correcte d’exprimer les choses. Mais regardons bien les choses en face : la jalousie, l’envie, la frustration et l’égalitarisme sont des éléments clés de la vie sociale et de la politique en France.
Cette manière des Français de vivre leur rapport aux autres, et leur rapport à l’État est même antérieure à 1789. Pour Tocqueville, elle est la conséquence de cette « première Révolution » qu’a connue la France, celle de l’absolutisme. Dans L’Ancien régime et la Révolution, il montre comment la Grande Révolution ne fait que prolonger les transformations déjà opérées par l’absolutisme : la centralisation étatique, l’atomisation du corps social et le radicalisme philosophique. « L’absolutisme importe moins par l’État centralisé qu’il nous a légué que par ce qu’il a détruit. En attirant à lui toutes les fonctions politiques, il a ruiné tous les réseaux anciens de solidarité sociale, corporations, communes, assemblées d’État, que la tradition anglo-saxonne a su préserver. En quel lieu trouve-t-on les Français rassemblés, au XVIIIe siècle ? Dans les cartons de demandes de subvention, d’exemptions, de faveurs… Sociologiquement l’ancien régime est déjà une société démocratique, égalitaire et atomisée à la fois. Les Français sont déjà rendus semblables par les progrès de la civilisation et leur commune sujétion à la tutelle étatique. Mais ils se croient encore différents, se jalousent et se méprisent parce qu’aucun intérêt commun ne les rassemble plus. » (Françoise Mélonio – Magazine Littéraire, octobre 1988).
Ainsi, de l’absolutisme au jacobinisme, du jacobinisme au socialisme-communisme, du socialisme-communisme à la social-démocratie, l’histoire de France est une succession de centralismes destructeurs de liens sociaux, sous des prétextes de cohésion sociale. Quant à la passion égalitaire des Français, elle est en fait un joli cache-sexe, pour justifier ce qui est le plus souvent la détestation de tous ceux qui sont mieux lotis et le souhait mesquin, dont l’État se fait le bras vengeur, de les dépouiller de tout ce qui dépasse et agace tant.
Cette atmosphère, ignorée par certains, n’est que trop bien perçue par d’autres. Ajoutée aux lourdeurs administratives et aux prélèvements confiscatoires, elle constitue un repoussoir formidable pour ceux qui ont de l’ambition, des projets, du dynamisme, et l’envie de profiter du fruit de leur travail. Parmi les nombreux maux dont souffre la France d’aujourd’hui, l’hémorragie de ceux que l’on appelle « les forces vives » n’est pas le moindre. Nous verrons au chapitre suivant ce qu’il en est pour la catégorie des entrepreneurs en fin de carrière. Mais il y a aussi tous ces diplômés de grandes écoles qui ont renoncé à la France pour mener à bien leurs ambitions. Un chiffre parmi tant d’autres donne une idée de l’ampleur du phénomène : la Californie compte 40 000 jeunes diplômés français sur son sol. Ce chiffre est dévoilé dans un rapport remis en 2000 au Sénat par Jean-François Poncet. Intitulé La fuite des cerveaux ; la France perd ses créateurs d’entreprises faute de leur offrir un environnement porteur, ce rapport note également que « sur 36 000 emplois d’informaticiens pourvus en 1999, le départ des quelque 7 000 Français travaillant dans la seule Silicon Valley ne peut laisser indifférent. (…) Le pourcentage de diplômés sortant de nos écoles d’ingénieurs et de commerce qui créent des entreprises étant faible (6% pour les premiers, 3% pour les seconds), une hémorragie, même numériquement limitée, aura à moyen terme des conséquences très sérieuses ».
Autre pays qui n’en finit pas d’accueillir les Français les plus dynamiques, la Grande-Bretagne. Deux jours avant la remise du rapport de Jean-François Poncet au Sénat, l’édition de Time Europe publiait un article sur l’exode français, dans lequel on pouvait lire : « D'après certaines estimations, 2 millions de citoyens français vivent et travaillent à l'étranger. (…) Une fiscalité accablante – un éventail de charges qui en 1998 représentait 62% du revenu individuel moyen contre 40% en Grande-Bretagne, et 48,9% en moyenne au sein de l'UE – des cotisations sociales et les rigidités du marché du travail ont provoqué une fuite considérable des petites et moyennes entreprises, principalement vers la Grande-Bretagne. »
En 1998 un sondage de Valeurs Actuelles révélait que 64% des jeunes Français souhaitaient quitter leur pays.
Dans La Pensée unique – Le vrai procès, Claude Imbert commente : « Quand je vois tous ces jeunes Français qui vont à l’étranger (…) je dis qu’il faut faire attention : ce ne sont pas des jeunes qui cassent des vitres, ou qui descendent dans la rue. Ces jeunes qui partent disent simplement : Il n’y a plus rien à faire avec vous, on s’en va. Et puis c’est tout. On démissionne de la société française, on ne vous demande pas d’indemnités. On s’en va. (…) Ces jeunes vont tenter leur chance ailleurs, dans d’autres sociétés, des sociétés où le frein à l’initiative, le poids collectif sera moins lourd. (…) Au fond, les gens qui partent de France le font parce qu’ils sentent qu’il y a quelque chose d’irréformable pour ce qui est des péchés fondamentaux. Ils se disent : je suis trop jeune pour me résigner, et je suis trop vieux pour attendre. »

La France a trouvé un plus court chemin que de laisser les gens s’enrichir pour ensuite les dépouiller : elle les empêche de s’enrichir, ou les chasse.

Texte extrait de l'essai "Pensées à rebrousse-poil" :

www.pensees-a-rebrousse-poil.com

Exception française

Dans un pays, le Venezuela, qui vient pourtant de réélire le chantre de la “révolution bolivarienne”, Hugo Chavez, le directeur de l’institut des sondages Hinterlaces nous livre les statistiques suivantes : “80% des sondés contestent les atteintes à la propriété privée, plus de 80% contestent l’affirmation selon laquelle les riches sont mauvais, et presque 80% trouvent qu’il est normal qu’il y ait des patrons et des employés, ce qui indique qu’il n’y a pas de lutte des classes dans le pays”.

Des chiffres à comparer avec ceux de tous les sondages en France reflétant une forte animosité des pauvres ou des classes moyennes envers les plus riches. 76% des français sont par ailleurs favorables au maintien ou a l’augmentation de l’Impôt sur la Fortune, qui est une atteinte à la propriété selon de nombreux points de vue, parmi lesquels ceux du Conseil Constitutionnel, de la Commission Européenne et de la Constitution allemande.

Un autre sondage très parlant a été publié dans le Figaro Economie en septembre 2006 (Source Globalscan, Université du Maryland) : à la question “Le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ?”, les français ont répondu “d’accord” a 36% seulement contre 50% de “pas d’accord”. A comparer aux réponses des autres pays interrogés :

Espagne : 63 d’accord/28 pas d’accord
Allemagne : 62/32
Grande-Bretagne : 67/27
Corée du Sud : 70/19
Etats-Unis : 71/24
Chine : 74/20

Pas de doute, il y a bien une exception française !

Cela me fait penser a ce mot remarquable :
"L'exception française, c'est que les Français se trouvent exceptionnels" Alfred Grosser